El Hierro : un exemple d’île autonome

C’est après avoir pêché ma toute première dorade lors de la traversée de l’Atlantique que j’ai faite fin 2019 (https://unoeilvert.com/2019/12/01/traversee-de-latlantique/) que William, un équipier de la goélette, me parla de El Hierro dans l’archipel des Canaries. Il s’agit probablement de l’île la plus innovante sur le plan écologique de la planète.

El Hierro est une île isolée et faiblement peuplée. Contrairement aux zones densément habitées, alimenter en eau et en électricité de manière constante les 11000 habitants de cette petite île reculée était devenu un réel défi et l’île perdait peu à peu sa population. Pour arrêter ce phénomène migratoire, l’Espagne a alors investi dans 4 usines de dessalement alimentées par une centrale au fuel. Cette même centrale fournissait également l’électricité de l’île. Seulement, suite au choc pétrolier de 1977 et la hausse sans précédent du prix du diesel, l’île a voulu agir et trouver des solutions durables pouvant rendre plus indépendante sa consommation d’énergie.

C’est ainsi qu’en juin 2014, après une quarantaine d’années de (très) longues tergiversations, le projet de construire des infrastructures utilisant des énergies renouvelables vit enfin le jour sur l’île d’El Hierro.

Les arbres soufflés par les alizés
Localisation de la petite île El Hierro

Comment ça marche ?

Par sa situation géographique, El Hierro se révèle une candidate idéale à l’énergie éolienne. À 27° N et au large de l’Afrique, elle profite en effet des alizés quasiment toute l’année. Cependant, les éoliennes n’auraient pas suffit à fournir la totalité des demandes énergétiques. L’île a donc construit la première centrale hydro-éolienne utilisant de l’eau dessalée au monde, associant des aérogénérateurs à un système de turbines hydroélectriques. Le projet a coûté 80 millions d’euros.

Un ensemble de cinq éoliennes génère une puissance totale de 11,5 MW. L’électricité produite sert d’abord à alimenter directement les habitations et une usine de dessalement d’eau de mer. Le surplus permet, grâce à un système de pompage, d’acheminer l’eau depuis un bassin artificiel de 150’000 m3, situé près de la capitale, Valverde, jusqu’à un second bassin de 550’000 m3 situé 700 m plus haut, dans l’ancien cratère d’un volcan. Ainsi, lorsqu’il n’y a pas assez de vent, il suffit de relacher de l’eau du lac supérieur pour alimenter six turbines hydrauliques d’une puissance totale de 11,3 MW. Le système fonctionnant donc en circuit fermé, il n’y a pas de déperditions électriques, puisqu’il suffit d’actionner la pompe qui monte l’eau du bassin inférieur vers le lac supérieur. Durant les périodes sans vent, on laisse alors l’eau s’écouler vers le bas et des turbines produisent de l’électricité. Ce système hydraulique permet à l’île de tenir quelques jours sans vent.

Le bassin situé en hauteur et les éoliennes à l’arrière plan

Quels résultats ?

Malgré ce que certains médias disent, la centrale ne parvient pas à fournir 100% de la consommation en énergie, eh oui, ce serait trop beau ! Elle le pourrait et elle l’a déjà fait mais de manière ponctuelle du fait de l’inconstance de la force du vent. En effet, ce dernier ne souffle jamais à la même vitesse, voire parfois pas du tout pendant parfois une semaine ou plus et il faut donc compenser ce manque par la centrale de fuel.

Finalement, la part en énergies renouvelables de la consommation de l’île est la suivante :

  • année 2015 (deuxième semestre) : EnR 30,7 % contre 69,3 % d’énergie fossile ;
  • année 2016 : EnR 41 % contre 59 % de fuel ;
  • année 2017 : EnR 46,5 % contre 53,5 % de fuel ;
  • année 2018 : EnR 56,4 % contre 43,6 % de fuel

Cependant il faut saluer cet effort financier consenti par le gouvernement et l’investissement dans ce projet des habitants de l’île qui ont également modifié leurs habitudes de consommation. Bien que cette île ne soit pas 100% autonome, elle s’est donnée les moyens d’agir face à sa dépendance aux énergies fossiles et a changé ses habitudes de consommations pour accroître son indépendance. C’est un exemple à suivre.

L’ensemble de la population dans le monde vivant sur des îles s’élève à 600 millions de personnes. A quand la prochaine île ?

Ci-dessous un reportage sur Arte très bien fait sur cette île, je vous le conseille fortement bien que l’utilisation de la phrase 100% autonome est erronée.


2 réflexions sur “El Hierro : un exemple d’île autonome

  1. Très intéressant !
    Mais as-tu un bilan financier avec entretiens divers, amortissements….?
    Ce système n’est pas dupliquable partout.
    1. La production hydroélectrique est basée sur une différence d’altitude de 750 mètres que l’on ne retrouve pas partout.
    2. L’île est favorablement située dans une zone à vents puissants et réguliers.

    Enfin comment expliques-tu l’amélioration du bilan EnR dans le temps? Des améliorations de structures ou bien une amélioration de l’ensemble du régime des vents sur plusieurs années?
    Une approche plus fine s’impose. Quand arrives-tu sur EL HIERRO ?

    NB. Hierro (qui veut dire Fer en espagnol) était le nom du bateau d’Annie Van de Wiele, une des premières femmes à avoir accompli le tour de monde à la voile circa 1950. Elle en a tiré un livre passionnant « Pénélope était du voyage » chez Artaud éditeur.

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    1. Bonjour Patrick, et merci pour ton commentaire ! 🙂
      Hélas non, pas de bilan financier public
      Il ne fait cependant aucun doute quant au prix élevé de l’exploitation de la centrale hydro-éolienne.
      Cependant, ce prix est à mettre en parallèle avec la diminution de moitié de la consommation en fuel de l’île
      La facture est très certainement négative (gain sur la diminution de conso de fuel – coût d’exploitation de la centrale) car alors nous aurions eu tout un tas d’autres îles suivant aveuglément le même exemple
      Mon but était surtout ici de mettre en avant l’effort du gouvernement espagnol et des habitants de l’île pour mener à bien ce projet qui va dans le sens des préoccupations actuelles, malgré des contraintes économiques fortes.

      Concernant sa dupliquabilité, l’UNESCO fait d’El Hierro son fer de lance dans un programme nommé RENFORUS sur les énergies renouvelables (Renewable Energy Futures for Unesco Sites) dans la catégories des réserves de biosphère. Ce site contient également une carte interactive avec les autres sites de l’UNESCO notamment insulaires où de tels projets pourraient être réplicables.
      Source : http://212.64.170.28/renforus/site/?cat=21
      Ensuite, un congrès international dit RENISLA2014 (The Renewable Energy Islands) s’est tenu sur El Hierro en juin 2014 avec « des experts mondiaux pour échanger connaissances, technologies et expériences dans différents sites qui connaissent déjà l’autosuffisance énergétique grâce aux énergies renouvelables »
      Source : http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/renisla_2014_forum_will_demonstrate_that_100_renewable_ener/

      Pour l’amélioration du bilan EnR dans le temps, je ne crois pas trop à une amélioration du régime des vents, bien que c’est peut être possible. Je pense plutôt que les ingénieurs ont au fil du temps appris à manier cet outil qu’est la centrale afin de l’optimiser au mieux.
      Mais là encore, ce ne sont que des suppositions.

      Je ne connaissais pas cette anecdote sur El Hierro ! Un bon point à savoir 🙂

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