Traversée de l’Atlantique

Première étape de mon tour du monde ; traverser l’Atlantique à la voile était un de mes rêves les plus vieux, un de ces rêves qu’on a tout gamin et qu’on cultive avec le temps.

En résumé : 1 mois de traversée à la voile, 4800 miles parcourus (environ 9000 km), 6 nœuds de moyenne (12 km/h), des baleines, des dauphins, des copains, des ciels étoilés, un bleu profond et 2 escales (une aux Canaries et une au Cap Vert).

Récit d’une traversée :

Ce fut par une belle journée ensoleillée de septembre à La Rochelle, que je montais pour la première fois sur la goélette Bielle Marie-Galante, invitée d’honneur du Grand Pavois, un salon nautique reconnu mondialement.

La goélette arrivait alors de sa troisième transat, chargée de 1500 litres de rhum dans des tonnelets mis à fond de cale. Le rhum subit alors un vieillissement dynamique et non plus statique, de part les embruns, la houle, la gite du bateau pendant la traversée… Cela s’inscrit dans une volonté de retour aux sources de la voile ; le transport de marchandises d’un continent à l’autre à la seule force du vent, comme ce fut le cas pendant des siècles avant nos sociétés modernes.

La vidéo suivante sera bien plus parlante que des mots.

A bord, je rencontre le capitaine, Pierre ou Pierrot pour les intimes, un loup de mer pas encore vieux qui sera chargé de ramener la goélette à Marie-Galante aux Antilles. Après une succincte présentation, je lui parle de mon projet de tour du monde et de mon rêve de gosse de traverser l’Atlantique. Ce fut un simple « Oui » et un immense bonheur. A moi les dauphins, les Caraïbes et l’Aventure !

Caractéristiques de la goélette :

  • Longueur : 23m (75 pieds)
  • Poids : 27 tonnes à vide, 1m50 de tirant d’eau
  • 8 couchettes
  • Construit au Brésil en 1973 (47 ans)
  • Bateau en bois (cèdre rouge) traité aux époxy
  • 4 voiles (Grand Voile, voile d’étai, trinquette et génois) pour environ 130 m². Donc largement sous-toilé en comparaison avec le poids
  • Moteur MAN de 160 CV pour les jours de pétole
  • Génératrice de 11kW pour produire de l’eau douce à partir du désalinisateur (180 L/h) et alimenter les batteries qui nous procurent l’énergie nécessaire au fonctionnement du bateau (pilote auto, pompes, lumières, instruments de navigation, etc.)

Première étape : La Rochelle – Les Canaries, 11 jours

Après une semaine de préparations, nous larguons les amarres le 19 octobre 2019, vers 8h du matin. Le temps est maussade et le coeur est à la peine après avoir dit au revoir à ma famille et à des amis qui m’avaient fait la surprise de venir assister à ce départ (merci les gars, je vous aime), tournant majeur de ma jeune vie. Des larmes, la joie de les voir et la tristesse de les laisser, mais me voilà maintenant sur les flots, cap sur le golfe de Gascogne, puis Les Canaries !

Ce n’est, qu’un au revoir, mes frères

A bord, nous sommes 5. Je précise que je les ai tous rencontrés au fil de l’eau. Nous ne nous connaissions pas avant cette aventure.

Il y a le capitaine, Pierrot, un loup de mer, je l’ai déjà dit, qui aura tout fait ou presque. Puit de connaissances, régatier hors-pair et définition même de la coolitude. Je crois avoir eu une belle étoile en embarquant avec lui sur la goélette.

Ensuite il y a William, qui se sera improvisé notre bosco (cuistot). Plusieurs merveilles seront sorties de son esprit et de ses casseroles. Ingénieur retraité, nos conversations n’ont eu de cesse d’être plus intéressantes les unes que les autres.

Samia, une jeune matelot, un an de moins que moi, qui souhaite organiser sa vie autour de la mer en passant le Capitaine 200, un dipôme ouvrant un nombre très conséquent de portes dans le milieu marin. Pleine de bonne volonté et d’une énergie débordante !

Puis il y a Amaury, notre mécano, excellent à tous points de vus. Il aura su sustenter ma curiosité, ma soif d’apprentissage et de connaissances. Derrière ses aspects brut de coffrage, un homme avec des valeurs et ultra débrouillard.

Et moi !

Pierrot, Amau, Sam, Will et moi au départ de La Rochelle

Le bateau roule beaucoup sur les vagues, je suis un peu nauséeux les deux premiers jours sans pour autant être malade mais je m’amarine rapidement et au bout du troisième jour, je suis comme un poisson dans l’eau, enfin vous m’avez compris.

Par une moyenne de 5 nœuds, la traversée du golfe de Gascogne ne fut pas trop compliquée dans cette zone normalement très turbulente. Une fois passés le Cap Finisterre au Nord Ouest de l’Espagne, nous avons fait cap plein sud vers les Canaries.

1400 miles (2500 km) séparent La Rochelle des Canaries. Nous avons pu voir un banc d’une quarantaine de dauphins jouant avec l’étrave du bateau, une baleine au large du Portugal qui agitait ses nageoires démesurées, des tortues tranquilles dans la pétole et même un papillon qui est venu se perdre si loin des côtes ou alors ayant naquit à bord de notre esquif.

Ce fut aussi mon premier bain au large, avec 4000m sous les pieds, dans la pétole en arrivant vers Les Canaries ! Quel grand bonheur de plonger dans cette eau d’un bleu si profond, transpersée par les rayons du soleil.

Will et moi en quart

Nous finissons par arriver aux Canaries le 30 octobre, cet archipel espagnol au large de la côte Nord Ouest de l’Afrique. Paradis du parapente, je m’en donne à cœur joie de revoir la terre après cette première expérience en mer ! J’étais à la fois très enthousiaste à l’idée de raconter à mes proches comment cela s’était passé et en même temps j’appréhendais de devoir retourner à la civilisation, au monde connecté et finalement à tous les soucis issus des problèmes inhérents à notre société.

La mer est un océan de liberté, un infini de possibles, n’ayant pour seule limite que l’horizon. Les nuits sont saupoudrées d’étoiles avec des ciels comme il est quasiment impossible de voir sur terre. La bateau y trace sa route dans son sillage vert émeraude dû au phytoplancton la nuit. J’ai plus qu’aimé me perdre dans mes pensées en contemplant le bleu de l’océan, lire dans mon hamac, faire la cuisine, sentir les embruns contre mon visage, et tout simplement naviguer vers de nouveaux paysages …

Les Canaries – Cap Vert, 6 jours

Aux Canaries, nous allons retrouver deux équipières qui étaient prévues sur la traversée mais qui n’avaient pas pu partir depuis La Rochelle : Evelyne, notre Granny, toujours partante pour aider, un répertoire d’anecdotes hallucinant et d’une bonne humeur sans faille. Puis Kathy, une amie d’Amaury. Vraie boute-en-train, c’est une nouvelle amoureuse des océans qui a décidé de vivre sa passion pour la mer. Elle n’aura de cesse de me surnommer « Apollon » ou « l’enfant », durant le reste de la traversée. Merci Kathy.

Nous allons aussi retrouver l’ensemble du Rallye des Iles du Soleil dont nous sommes le partenaire, et le fournisseur officiel en rhum de tous les participants. Autant dire qu’ils étaient vraiment tous très impatients de nous voir arriver !

La Rallye des Iles du Soleil est une organisation permettant d’assurer une sécurité renforcée autour des participants (balises GPS, assistance météo, communication régulière de la position des autres participants, etc.). Il ne s’agit pas d’une course, simplement de partager sa passion pour la voile et de permettre à ceux qui n’auraient pas oser partir seuls de vivre cette aventure de manière encadrée. Ce que j’ai adoré, c’est l’esprit qui s’est formé entre les différents équipages, de partage, d’entraide, d’échanges, etc. Vivre et partager cette aventure à plusieurs a été l’apothéose de cette traversée.

« Libres mais jamais seuls », le slogan du Rallye des Iles du Soleil.

Après 4 jours de visites sur la belle ile de La Palma et surtout de préparations au nouveau départ, nous partons tous ensemble avec les 22 autres bateaux participants (une centaine de personnes) le 3 novembre en direction du Cap Vert, cap au Sud !

Les participants à l’édition, 2019 du Rallye des Iles du Soleil, plein de nouveaux copains !
Les roches volcaniques de l’ile
Pierrot, Kathy, Granny, Amau, moi, Sam et Will, le nouvel équipage
La goélette au départ des Canaries

Nous voilà donc lancés sur la première étape de ce rallye. Les premières journées se font dans un esprit de compétition très bon enfant avec les autres bateaux. Nous réglons le mieux possible nos voiles et adoptons une stratégie, selon les fichiers météo, de faire cap au sud en longeant la corne africaine tandis que la grande majorité des autres participants font cap à l’Ouest pour ensuite repiquer au sud afin d’éviter un anticyclone.

Notre stratégie s’avère payante puisque nous passons de 13e à 4e au classement général. Nous filons 6-7 nœuds de moyenne avec des pointes à 12 nœuds en surf. Quel plaisir de sentir le bateau fendre les vagues, d’entendre le vent souffler dans les voiles et de voir une mer bien formée ! La rentrée dans les alizés avec des vents à 25 nœuds est très appréciée après les journées sans vent entre La Rochelle et Les Canaries.

Hélas, bien que notre cap fut le bon, la goélette est sous toilée et par vent faible, n’avance plus. La mise en place d’un anticyclone sur les deux derniers jours nous empêche ainsi de conserver notre avance et nous finirons 9e mais tout de même forts satisfaits de nos décisions.

Arrivée au Cap Vert
La traditionnelle Bielle Party

La vie à 7 s’organise et, comme entre La Rochelle et Les Canaries, nos journées sont rythmées par les quarts : périodes pendant lesquelles l’on est responsable du bateau, des manœuvres, de la sécurité, du cap suivi, etc. Nous faisions des quarts de 4h. Deux heures avec une personne puis deux heures avec une autre personne. Cela car les manœuvres se faisant sur le pont, entre les 2 mâts, être seul à effectuer une manœuvre de nuit s’avérait trop dangereux. Ainsi, je passais la première moitié de mon quart avec Pierrot et la seconde avec Will.

Nous prenions un apéritif tous ensemble tous les jours à 18h suivi d’un repas, le plus souvent cuisiné par William mais aussi parfois par nous autres. Il n’y avait pas vraiment de règle concernant la cuisine, chacun y mettait de sa bonne volonté pour concocter de bons petits plats aux autres membres de l’équipage et nous nous sommes régalés tout du long !

L’ambiance est au beau fixe, le soleil nous caresse la peau, le bateau file et, franchement, nous passons de très bons moments.

Deuxième étape : Cap Vert – Marie-Galante, 15 jours

Le Cap Vert est un archipel magnifique. Nous avons eu plus le temps de visiter la région qu’aux Canaries et c’est certainement pour cela que j’ai vraiment été enthousiasmé par ces iles. Randonnées et sessions de parapentes incroyables ont rythmé mes journées au pays de Cesaria Evora. La richesse des paysages de ces iles fait opposition à la pauvreté de ses habitants.

L’ile de Sao Antao, en face de laquelle nous étions ammarrés (Sao Vicente) est tout simplement l’une des plus belles iles que j’ai visité de ma vie. Des paysages à couper le souffle.

Une randonnée sur l’ile de Sao Antao
En mode touriste
Un autre point de vue sur Sao Antao
Parapente à Sao Vicente

Toute bonne chose ayant une fin, nous reprenons la mer avec un grand plaisir le 15 novembre. Nous pêchons enfin notre premier gros poisson le deuxième jour : une dorade coriphène de 6,8kg pour 1m20 remontée par Will. Le lendemain ce sera mon tour avec une dorade de 9,8kg pour 1m30. Nous avons donc mangé de la dorade à absolument toutes les sauces pendant les 4 jours suivants : ceviche, carpaccio, gravlax, pavés, etc. Nous nous sommes encore une fois régalés. Malheureusement, après ces deux magnifiques dorades, nous n’avons plus rien pêché sur le reste de la traversée. Seulement ponctuellement, des mastodontes se jouaient de nos leurs en coupant les lignes, pourtant faites à base de carbone.

Les vents ont forci par rapport à la première étape, nous avons souvent des rafales à 30 noeuds, voire 37 pour les plus grosses durant un grain. Lors de celui-ci, je m’équipe de ma veste de quart, mon VFI (bouée auto-gonflante) et vais sur le pont pour réduire un peu la toilure. Je suis trempé en à peine 10 secondes, les gouttes de pluie fouettent mon visage et les embruns passent sur le pont. J’adore voir ce genre de démonstration de la nature. Elle sait nous rappeler à quel point nous ne faisons pas le poids et c’est toujours, pour moi, très excitant de me retrouver face à sa force. J’en éprouve une véritable fascination.

La première semaine fut la semaine des anniversaires avec celui de Pierre, William et Samia à 3 jours d’intervalle entre chaque. Nous cuisinons pour l’occasion des gâteaux au chocolat et je me spécialise dans la confection de crème anglaise maison.

Une nuit, pendant mon quart, j’arrive à voir une série de 20 étoiles filantes en 15 minutes, record absolu de la goélette. Une autre fois, le pilote automatique nous a lâché pour cause de mauvais réglages. Il a donc fallu barrer tout le temps de nos quarts durant 2 ou 3 jours, ce qui était loin pour me déplaire, même si barrer de nuit n’est pas le plus intéressant car l’on se dirige en fixant les instruments de navigation.

Une journée de faible vent, je grimpe au mât d’artimon pour enfiler des tuyaux en plastique autour des haubans afin de protéger la voile d’étai de ceux-ci. J’utilise donc la balancine pour monter mais la poulie s’étant désaxée, le bout s’est fait rongé par la poulie. Je frôle la chute mortelle, il restait environ 5mm de diamètre sur le bout. Je m’en vais donc en tête de mât pour changer la poulie de la balancine. Et quelle vue s’offre à moi alors depuis là haut !

A la fin de cette étape, le vent baisse pour finir en pétole complète.

Terre en vue !! Quel sentiment étrange m’a pris lors de la vue de l’ile de la Désirade, dévoilant peu à peu ses falaises, après 15 jours de mer, sans rien voir d’autre que la limite infinie de l’horizon sur l’eau. Peut-être que son nom n’y est pas pour rien. Même si j’aurais encore continué un autre mois sans soucis à naviguer tant j’aimais cela, tant je me sentais bien dans ce que je vivais et faisais de mes journées.

L’arrivée à Marie-Galante est digne d’un film hollywoodien tant le paysage qui nous est offert est hors norme. Dans la pétole la plus totale, sans une once de vent, rendant la mer d’huile sous un soleil couchant oscillant entre plusieurs grains, ce qui confère ainsi une lumière surnaturelle à la scène.

Nous arrivons finalement de nuit à Marie-Galante (nom donné par Christophe Colomb lors de sa deuxième traversée en 1493, du nom de son bateau Maria Galanta) et mouillons de nuit à l’Anse Canot. En deux temps, trois mouvements, l’annexe est mise à l’eau et nous partons rejoindre la terre avec Samia et Amaury pour fêter notre arrivée telle qu’elle se doit d’être fêtée ! Nous glissons sur l’eau qui reste bien turquoise malgré la noirceur de la nuit. Ce fut une soirée aussi mémorable que notre arrivée sous les tropiques, mais cela, c’est une autre histoire …..

Willy et Granny au top au départ de Mindelo
Eh gamin !
Le miam miam des 3 prochains jours
Le bout rongé par la poulie qui me retenait
Au beau milieu de l’Atlantique
Cap à l’Ouest
Arrivée à Marie-Galante par ce couché du soleil

Traverser un océan à la voile a été un aboutissement dans ma vie et j’en suis fier. Partir n’a pas été simple. Le fait de laisser ses proches derrière soi n’est jamais facile. Cependant, si c’était à refaire je n’hésiterais pas une seconde. Pour moi cette traversée est tout d’abord la concrétisation d’un rêve de gosse. Puis c’est à un besoin d’évasion, un besoin de grands espaces, un besoin de me sentir perdu au milieu de nulle part. J’aime aller vers l’inconnu.

Naviguer m’a procuré une sensation de liberté que je n’ai jamais vécue ailleurs ; la liberté de prendre son temps dans un monde où tout va trop vite, la liberté de pouvoir se déconnecter le temps d’une traversée de tous les réseaux sociaux et de se reconnecter aux éléments naturels présents depuis des milliards d’années, la liberté d’écrire, la liberté de voyager de manière la plus écologique possible et en toute simplicité

A tous les copains que je me suis fait, à tous ces moments magiques que nous avons passé, à tous ces paysages somptueux auxquels nous avons eu le droit, à toutes ces belles étoiles qui étaient les gardiennes de nos nuits, à ce fameux deux mats presque fin comme un oiseau qui nous a transporté, à tous ces apéros sur l’eau, à tous mes proches qui nous ont suivi même de l’autre côté de l’Atlantique, à tous ceux qui ont eu le courage de lire cet article en entier et enfin à mon équipage qui, le temps d’un océan, a été ma nouvelle famille, je voudrais dire MERCI.

Et maintenant, place aux cocotiers !

Ci-dessous une petite vidéo résumant l’ensemble de la traversée (en espérant que vous me pardonnerez le montage encore très approximatif !)


4 réflexions sur “Traversée de l’Atlantique

  1. Bonjour Arnaud, je cherchai des renseignements sur la bielle ( apres son naufrage , quelle triste nouvelle, je n’en reviens pas 🙈)quand je suis tombee sur ton blog que je viens de lire !
    Une replongee dans notre traversée de l’atlantique
    vraiment sympa !
    Quellechance nous avons eue
    Salut
    Isabelle du chayla ( carribean dandy)

    J'aime

    1. Bonjour Isabelle
      Oui c’est un drame, mais fort heureusement que matériel
      Il semble s’agir d’une erreur de jugement et d’une négligence de vigilance
      Dans tous les cas nous avons évité le pire
      J’espère que vous et votre bateau vous portez bien
      À bientôt peut être dans les caraïbes !

      J'aime

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